Les différents types de trauma – Comprendre pour mieux traiter

Le mot trauma est aujourd’hui largement utilisé dans le langage courant, parfois pour désigner des expériences très différentes. En psychologie et en psychotraumatologie, le traumatisme psychique renvoie cependant à une réalité plus précise. Il concerne les conséquences que peut avoir la confrontation à un événement ou à une situation menaçante, violente ou particulièrement éprouvante lorsque celle-ci déborde les capacités habituelles d’adaptation de la personne.

Tous les traumatismes ne se ressemblent pas. Un accident grave, des violences répétées au sein d’une relation, une enfance marquée par l’insécurité ou l’exposition professionnelle régulière à la souffrance d’autrui ne s’inscrivent pas de la même manière dans une histoire. La durée de l’exposition, son caractère répétitif, l’âge auquel elle survient, la possibilité ou non d’échapper à la situation, mais aussi les ressources personnelles, relationnelles et sociales disponibles influencent la manière dont chacun pourra y faire face.

Une première distinction est donc essentielle : avoir vécu un événement potentiellement traumatique ne signifie pas nécessairement développer un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Les trajectoires après un événement grave sont très diverses et de nombreuses personnes retrouvent progressivement un équilibre sans développer de psychopathologie durable (Bonanno, 2004).

Comprendre les différents types de traumatismes permet ainsi de mieux reconnaître certaines manifestations du trauma, sans pour autant pathologiser toute expérience douloureuse.

Le traumatisme aigu : lorsqu’un événement fait effraction

Le traumatisme aigu est probablement celui qui correspond le mieux à la représentation habituelle du trauma. Il fait suite à un événement ponctuel ou relativement circonscrit : accident grave, agression, violence sexuelle, catastrophe, attentat, confrontation à la mort ou à une menace grave pour soi-même ou pour autrui.

Dans les heures, les jours ou les semaines qui suivent, différentes réactions peuvent apparaître. Certaines personnes revivent involontairement des fragments de l’événement sous forme d’images, de sensations ou de cauchemars. Elles peuvent devenir particulièrement vigilantes, sursauter facilement, éprouver des difficultés à dormir ou éviter les lieux et les situations associés à ce qui s’est passé.

D’autres ressentent davantage une forme de détachement. Elles peuvent avoir l’impression que les événements sont irréels, qu’elles les observent à distance ou qu’elles fonctionnent de manière presque automatique.

Ces réactions immédiates ne constituent pas nécessairement un syndrome de stress post-traumatique. Les classifications contemporaines tiennent précisément compte de l’évolution des symptômes dans le temps, de leur nature et de leurs répercussions sur le fonctionnement de la personne (American Psychiatric Association, 2022 ; Organisation mondiale de la Santé, 2024).

Le traumatisme chronique : lorsque la menace se répète

Toutes les expériences traumatiques ne prennent pas la forme d’un événement unique. Dans certaines situations, la menace se répète pendant des mois, voire des années. Cela peut notamment être le cas dans les violences conjugales ou intrafamiliales, certaines formes de maltraitance, les abus répétés, le harcèlement ou l’exposition prolongée à un environnement dangereux.

Vivre durablement dans un contexte imprévisible nécessite des adaptations. Une personne peut apprendre à observer attentivement les changements d’humeur de son entourage, anticiper les conflits, surveiller constamment son environnement ou éviter certains comportements afin de réduire le risque.

Dans le contexte où elles se sont développées, ces réactions ont souvent une fonction protectrice. Elles peuvent cependant persister lorsque la situation a changé. Une personne peut alors savoir rationnellement qu’elle se trouve désormais en sécurité tout en continuant à ressentir une menace, à rester constamment sur ses gardes ou à réagir très fortement à certains déclencheurs.

Cette persistance de mécanismes initialement adaptatifs permet de comprendre pourquoi les conséquences du trauma ne disparaissent pas nécessairement au moment où le danger objectif prend fin.

Le traumatisme complexe et le TSPT complexe

La notion de traumatisme complexe s’est développée notamment à partir des travaux de la psychiatre Judith Herman (1992), qui a attiré l’attention sur les conséquences particulières d’expositions traumatiques prolongées ou répétées, notamment lorsque celles-ci surviennent dans des situations dont il est difficile de s’échapper.

Aujourd’hui, la Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la Santé, la CIM-11, reconnaît le trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT complexe) comme un diagnostic distinct du TSPT.

Outre les symptômes centraux du stress post-traumatique, le TSPT complexe comporte des perturbations durables de l’organisation de soi. Elles concernent notamment la régulation des émotions, une perception négative de soi et des difficultés persistantes dans les relations avec les autres (Brewin et al., 2017 ; Cloitre et al., 2019).

Dans la vie quotidienne, cela peut se traduire de manières très différentes. Certaines personnes ont beaucoup de mal à apaiser des émotions intenses ; d’autres se sentent au contraire émotionnellement coupées d’elles-mêmes. Un sentiment durable de honte, de culpabilité ou de dévalorisation peut s’installer. La proximité relationnelle peut être recherchée tout en étant vécue comme menaçante.

Replacer ces réactions dans l’histoire de la personne permet parfois de les comprendre autrement. Des comportements qui semblent aujourd’hui excessifs ou difficiles à expliquer ont pu constituer, dans un environnement dangereux, des moyens de protection ou d’adaptation.

Les traumatismes de l’enfance et le trauma développemental

Les traumatismes de l’enfance nécessitent une attention particulière parce qu’ils surviennent alors que les capacités de régulation émotionnelle, la représentation de soi et les modèles relationnels sont encore en construction.

Il peut s’agir de violences physiques ou sexuelles, mais aussi de négligence sévère, de violence psychologique, d’exposition répétée à la violence familiale ou d’un environnement durablement instable et imprévisible.

La notion de trauma développemental est utilisée pour penser l’impact que peuvent avoir des expériences adverses répétées lorsqu’elles surviennent au cours du développement. Bessel van der Kolk (2005) a notamment proposé le concept de Developmental Trauma Disorder afin de mieux rendre compte de la diversité des difficultés observées chez certains enfants ayant connu des traumatismes chroniques.

Une précision est néanmoins importante : le trouble traumatique développemental ne constitue pas actuellement un diagnostic autonome reconnu au même titre que le TSPT dans les principales classifications psychiatriques. La notion de trauma développemental reste cependant utilisée dans la littérature clinique pour comprendre les effets possibles d’expériences traumatiques précoces.

Par ailleurs, une enfance difficile n’entraîne pas automatiquement une psychopathologie à l’âge adulte. La présence de relations protectrices, l’âge auquel surviennent les événements, leur durée et leur répétition, ainsi que l’environnement familial et social influencent considérablement les trajectoires individuelles. Les recherches sur la résilience montrent précisément qu’il n’existe pas une évolution psychologique unique après l’adversité (Bonanno, 2004).

Le traumatisme secondaire et le traumatisme vicariant

Le trauma peut également affecter des personnes qui n’ont pas directement vécu l’événement.

Les professionnels régulièrement confrontés aux récits ou aux conséquences de traumatismes — psychothérapeutes, soignants, travailleurs sociaux, intervenants d’urgence, professionnels de la justice, entre autres — peuvent être psychiquement affectés par cette exposition répétée.

Les notions de stress traumatique secondaire et de traumatisme vicariant sont proches mais ne désignent pas exactement la même chose. Le stress traumatique secondaire renvoie davantage à l’apparition de manifestations liées à l’exposition indirecte au trauma d’autrui (Figley, 1995). Le concept de traumatisation vicariante, développé notamment par McCann et Pearlman (1990), décrit plus largement les transformations que cette exposition répétée peut produire dans la manière dont le professionnel perçoit lui-même, les autres et le monde.

Ces phénomènes concernent particulièrement les professions d’aide, mais l’impact indirect du trauma peut également toucher les proches d’une personne traumatisée.

Les traumatismes collectifs

Certaines expériences traumatiques dépassent l’histoire individuelle. Les guerres, attentats, persécutions, déplacements forcés, catastrophes naturelles ou violences de masse peuvent affecter des communautés entières et bouleverser non seulement les individus, mais aussi les familles, les réseaux sociaux, les lieux de vie et les repères culturels.

La notion de traumatisme collectif permet de penser cette dimension sociale et communautaire du trauma.

Cela ne signifie évidemment pas que toutes les personnes appartenant à une population exposée développeront un TSPT ou présenteront les mêmes réactions. Les trajectoires restent individuelles. Mais certaines expériences laissent également des traces dans les relations familiales, la mémoire collective et la manière dont une communauté se représente son histoire.

Cette dimension rappelle que le traumatisme psychique ne peut pas toujours être compris indépendamment du contexte social, historique et relationnel dans lequel il survient.

Les symptômes d’un traumatisme psychique ?

Les manifestations d’un traumatisme psychique peuvent être très diverses. Les classifications diagnostiques permettent néanmoins d’identifier plusieurs ensembles de symptômes caractéristiques du stress post-traumatique (American Psychiatric Association, 2022 ; Organisation mondiale de la Santé, 2024).

La personne peut revivre involontairement certains aspects de l’expérience traumatique à travers des souvenirs intrusifs, des cauchemars ou des réactions très intenses lorsqu’une situation rappelle l’événement. Elle peut également éviter des lieux, des personnes, des conversations ou des sensations qui y sont associés.

Une hyperactivation peut persister, avec des troubles du sommeil, de l’irritabilité, des difficultés de concentration, des sursauts ou l’impression d’être constamment sur ses gardes.

Chez certaines personnes apparaissent également des phénomènes dissociatifs : sentiment d’irréalité, impression d’être détaché de soi ou difficulté à se sentir pleinement présent dans ce qui se passe.

Le corps participe lui aussi à ces réactions. Une accélération du rythme cardiaque, des tensions musculaires, des tremblements ou une sensation soudaine de danger peuvent être déclenchés avant même que la personne ait consciemment identifié ce qui lui rappelle l’expérience traumatique.

C’est ce qui explique ce paradoxe souvent rencontré dans le trauma : savoir que l’on est en sécurité ne suffit pas toujours à se sentir en sécurité.

Reconnaître les signes du trauma ne signifie pas poser un diagnostic

La meilleure connaissance du psychotraumatisme permet aujourd’hui à de nombreuses personnes de mettre des mots sur des expériences jusque-là difficiles à comprendre. Elle comporte cependant un risque inverse : celui d’utiliser le trauma comme explication générale de toute difficulté émotionnelle ou relationnelle.

L’anxiété, les troubles du sommeil, l’irritabilité, certaines difficultés relationnelles, le sentiment de déconnexion ou le besoin de contrôler son environnement peuvent avoir de nombreuses origines. Leur présence ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un traumatisme ou à un syndrome de stress post-traumatique.

Une évaluation clinique tient compte de l’histoire de la personne, des événements auxquels elle a été exposée, de la nature des symptômes, de leur durée et de leurs répercussions sur sa vie quotidienne.

Reconnaître certains signes peut néanmoins constituer une première étape importante : non pas pour se définir à travers un diagnostic, mais pour comprendre ce qui se passe et, lorsque cela est nécessaire, chercher une aide adaptée.

Comprendre le trauma pour mieux le traiter

Les connaissances actuelles en psychotraumatologie permettent de mieux comprendre pourquoi certaines réactions persistent longtemps après la disparition du danger. Elles ont également permis le développement d’approches psychothérapeutiques spécifiquement étudiées pour le traitement du SSPTet d’autres troubles liés au trauma.

Une psychothérapie du trauma ne consiste pas nécessairement à raconter immédiatement et dans le détail les événements vécus. Le travail thérapeutique dépend de la situation, des symptômes et des ressources de chaque personne. Il peut notamment porter sur le sentiment de sécurité, la compréhension des réactions traumatiques, la régulation émotionnelle et, lorsque les conditions sont réunies, le traitement des souvenirs traumatiques.

Comprendre le trauma permet surtout de replacer certaines réactions dans leur histoire. Une réaction devenue aujourd’hui envahissante a parfois été, dans un autre contexte, une manière de se protéger et de s’adapter à une situation qui ne permettait pas d’autres réponses.

L’objectif n’est pas d’effacer le passé, mais de permettre progressivement que celui-ci cesse d’organiser le présent comme si le danger était toujours là.

Un traumatisme peut profondément marquer une histoire. Il ne résume pas la personne qui l’a vécue.

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Références bibliographiques

American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5e éd., texte révisé ; DSM-5-TR). American Psychiatric Association Publishing.

Bonanno, G. A. (2004). Loss, trauma, and human resilience: Have we underestimated the human capacity to thrive after extremely aversive events? American Psychologist, 59(1), 20–28. https://doi.org/10.1037/0003-066X.59.1.20

Brewin, C. R., Cloitre, M., Hyland, P., Shevlin, M., Maercker, A., Bryant, R. A., Humayun, A., Jones, L. M., Kagee, A., Rousseau, C., Somasundaram, D., Suzuki, Y., Wessely, S., van Ommeren, M., & Reed, G. M. (2017). A review of current evidence regarding the ICD-11 proposals for diagnosing PTSD and complex PTSD. Clinical Psychology Review, 58, 1–15.

Cloitre, M., Hyland, P., Bisson, J. I., Brewin, C. R., Roberts, N. P., Karatzias, T., & Shevlin, M. (2019). ICD-11 posttraumatic stress disorder and complex posttraumatic stress disorder in the United States: A population-based study. Journal of Traumatic Stress, 32(6), 833–842. https://doi.org/10.1002/jts.22454

Figley, C. R. (Ed.). (1995). Compassion Fatigue: Coping With Secondary Traumatic Stress Disorder in Those Who Treat the Traumatized. Brunner/Mazel.

Herman, J. L. (1992). Trauma and Recovery: The Aftermath of Violence—From Domestic Abuse to Political Terror. Basic Books.

McCann, I. L., & Pearlman, L. A. (1990). Vicarious traumatization: A framework for understanding the psychological effects of working with victims. Journal of Traumatic Stress, 3(1), 131–149. https://doi.org/10.1002/jts.2490030110

van der Kolk, B. A. (2005). Developmental trauma disorder: Toward a rational diagnosis for children with complex trauma histories. Psychiatric Annals, 35(5), 401–408.

Organisation mondiale de la Santé. (2024). Clinical Descriptions and Diagnostic Requirements for ICD-11 Mental, Behavioural or Neurodevelopmental Disorders. Organisation mondiale de la Santé.